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Comment réparer après avoir crié sur son enfant, sans se noyer dans la culpabilité ?

Réparer après avoir crié n'est pas s'excuser en boucle. Trois gestes philosophiques pour restituer sans culpabilité. Par Sèna Gay-Vigan.

7 min de lectureSèna Gay-Vigan

C'est le soir. La porte de la chambre est refermée. Vous êtes assise dans le couloir, le dos contre le mur, et vous entendez encore votre voix — celle que vous n'avez pas reconnue.

L'enfant s'est tu. Ou pleure encore. Ou fait semblant de dormir.

Vous prenez votre téléphone. Vous tapez cette question que vous connaissez trop bien : comment réparer, maintenant.

Il y a autant de mères qui se posent cette question chaque soir qu'il y a d'enfants qui se sont endormis en pleurant. Vous n'êtes pas seule dans ce couloir, même si c'est ce que vous croyez.

Avant de dire quoi faire, il faut dire ce que la réparation n'est pas. Parce que la plupart des réparations ratent non pas par manque d'amour, mais parce qu'elles reproduisent, sous une autre forme, ce que la crise a fait.

Ce que réparer n'est pas

Réparer n'est pas s'excuser en boucle. Une mère qui s'excuse trois fois, cinq fois, dix fois, met sur son enfant le poids de la consoler d'avoir crié. L'enfant, qui a déjà encaissé la crise, doit maintenant encaisser la culpabilité de sa mère. La charge change de forme, elle ne s'allège pas.

Réparer n'est pas promettre que ça ne recommencera plus. Une promesse qu'on ne pourra pas tenir abîme plus qu'elle ne répare. L'enfant apprend soit à ne plus croire à votre parole, soit à porter l'angoisse de savoir quand la prochaine fois arrivera.

Réparer n'est pas non plus un câlin qu'on donne parce qu'on ne sait pas quoi dire. Un câlin donné pour se rassurer soi-même est un câlin que l'enfant sent — et il apprend qu'on peut se rapprocher physiquement de quelqu'un sans se rapprocher vraiment.

Ce que réparer est

Réparer, c'est restituer. Rendre à l'enfant ce qui ne lui appartient pas, et garder pour vous ce qui est à vous.

Cela passe par trois gestes.

### Premier geste : nommer sans se justifier

Dire ce qui s'est passé. Simplement. J'ai crié. Pas j'ai crié parce que j'étais fatiguée, pas j'ai crié parce que tu avais fait ceci. L'explication devient une justification, et la justification transforme la réparation en négociation. On dit ce qui a eu lieu, on ne le décore pas.

### Deuxième geste : rendre à l'enfant ce qui lui appartient

Lui dire, avec des mots à sa hauteur, ce qu'il n'a pas causé. Ce n'est pas à cause de toi. Pas parce que ce serait faux qu'il ait, à la surface, déclenché quelque chose — mais parce qu'à la profondeur, la charge que vous avez déversée ne venait pas de lui. Elle passait par lui. Ce n'est pas la même chose. Un enfant qui reçoit cette phrase — dite une fois, sans emphase — peut reposer un poids qu'il portait sans le savoir.

### Troisième geste : ne pas promettre. Engager

Ne dites pas je ne le referai plus. Vous ne le savez pas, et l'enfant non plus. Dites plutôt quelque chose qui engage sans mentir. Je vais chercher à faire autrement. Je travaille à ce que ça arrive moins. La différence est petite, mais elle est immense : dans un cas, vous mettez sur vos épaules une dette impossible à tenir. Dans l'autre, vous montrez à l'enfant qu'un adulte peut reconnaître un manque sans se le pardonner à sa place.

Y a-t-il une fenêtre pour réparer ?

On lit partout qu'il faut réparer dans les vingt minutes, dans l'heure, avant la nuit. Ces fenêtres existent en neurosciences, elles ne sont pas fausses. Mais elles créent souvent une deuxième crise chez la mère qui n'a pas pu, ce soir-là, réparer à temps.

La vérité plus juste est celle-ci : plus la réparation est proche de la crise, plus elle est vive. Mais une réparation faite trois jours plus tard, si elle est vraie, vaut mille fois mieux qu'une réparation faite dans l'heure par obligation. Un enfant reconnaît la vérité d'un geste, pas son horaire.

Ce que l'enfant reçoit vraiment

Un enfant à qui l'on répare bien ne reçoit pas seulement une excuse. Il reçoit une leçon qui vaut pour toute sa vie : qu'on peut se tromper, dire qu'on s'est trompé, et rester digne. Que l'erreur n'efface pas la personne. Que l'amour d'un parent tient même quand la voix a tremblé.

Il apprend cela en vous regardant faire. Pas en vous écoutant parler.

Vous êtes assise dans ce couloir, et vous cherchez. C'est déjà l'inverse de ce que vous croyez être en train de faire. Une mère qui cherche à réparer est une mère qui répare, avant même d'avoir dit un mot.

Vous valez éternellement, inconditionnellement. C'est vous l'extraordinaire.

IMPARFAITE, ENTIÈRE.

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Questions fréquentes

Combien de temps ai-je pour réparer après avoir crié sur mon enfant ?

Plus la réparation est proche de la crise, plus elle est vive. Mais une réparation faite plusieurs jours plus tard, si elle est vraie, vaut mieux qu'une réparation faite dans l'heure par obligation. Un enfant reconnaît la vérité d'un geste, pas son horaire.

Est-ce que je dois demander pardon à mon enfant ?

Vous pouvez le dire une fois, simplement. Répété en boucle, le pardon demandé met sur l'enfant la charge de consoler la mère — c'est-à-dire l'inverse de la réparation. Nommer ce qui s'est passé compte davantage que le mot pardon lui-même.

Faut-il expliquer à l'enfant pourquoi on a crié ?

Non. L'explication devient une justification, et la justification transforme la réparation en négociation. On peut nommer un état — j'étais dépassée — sans en faire une cause qui rendrait l'enfant responsable de votre débordement.

Que faire si l'enfant refuse la réparation ?

Un enfant qui repousse une réparation ne la rejette pas — il vérifie qu'elle est vraie. Ne forcez pas. Restez présente sans insister. La réparation ne se conclut pas dans l'échange verbal ; elle se dépose dans le temps qui suit, par votre manière d'être avec lui les jours suivants.

Est-ce grave si je crie souvent, même en réparant à chaque fois ?

La réparation n'est pas un permis de recommencer. Si la crise revient souvent, ce n'est pas la réparation qu'il faut améliorer, c'est ce qui se passe en amont — [ce qui monte en vous avant que la voix ne sorte](/blog/je-crie-tout-le-temps-sur-mes-enfants). C'est un travail plus profond, qui commence hors de la scène du cri.

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